People toi-même !

Avez-vous plus de chance d'être célèbre que votre voisin ?

11 févr. 2010 Jean-François GALLARD

Aujourd'hui, plus besoin d'être reconnu pour être connu. Il existe une filière aussi simple que convoitée pour accéder à la célébrité : devenir un people.

Ils font la une des magazines. On les invite sur les plateaux télé. Ils animent les conversations lors des réunions de famille comme celles des pauses-café au bureau. Qui ? Les people, cette nouvelle race de célébrités née sous les projecteurs des programmes de télé-réalité ou par la grâce d'un buzz savamment entretenu sur internet.

L'ère de rien

Ni chanteur, ni acteur, ni animateur, ni artiste, les people sont juste "trop". Trop blonde. Trop forte poitrine. Trop délurée. Trop grande gueule. Trop candide. Trop arrogant. Ils grossissent plus ou moins volontairement le trait qui les caractérisent pour en devenir la parfaite caricature. Loana, grande prêtresse des bimbos a ouvert la voie à de nouvelles créatures toujours plus botoxées, siliconées oxygénées, Uvé-isées... L'insupportable Mickaël Vendetta, autoproclamé inventeur de la "bogossitude", a su faire de l'auto-suffisance et de la goujaterie un fond de commerce éminemment lucratif. La preuve est faite : adoré ou détesté, le people fait vendre du papier et gonfler l'audimat. On ne lui demande que ça et il ne demande pas mieux. Etre célèbre et si possible riche est sa seule devise. Quels que soient les fins pour y parvenir.

Et moi et moi et moi

Pour exister, à défaut de talent ou d'activité caractérisée, le people a besoin que l'on parle de lui. En bien ou en mal importe peu. L'essentiel pour le people est d'entretenir sa présence dans les médias par une vie privée jetée en pâture au public et des aléas qui combinent avec la régularité d'un métronome : cures de désintox, exhibitions à l'intérieur d'un night-club ou bagarres à la sortie, annonces à grands renforts de communication d'une bisexualité trop revendiquée pour être honnête, découchage savamment orchestrés devant paparazzis préalablement alertés... Glamour, trash et clash sont les ingrédients essentiels à tout people digne de ce nom. Le tout assaisonné d'une micro-actualité qui lui permet de justifier sa présence devant les caméras ou dans les colonnes des magazines : sortie plus ou moins précisée dans le temps d'un disque, futur collector pour bacs de solderies, animation d'une émission sur une chaîne confidentielle du cable, biographie assaisonnée de révélations scandaleuses ou... rien, dans la plupart des cas, puisque c'est encore le type d'environnement dans lequel le people brille le mieux.

Date limite de consommation

Andy Warhol, génial visionnaire de la société de consommation qu'il traduisait avec brio dans ses œuvres pop art fut le premier à imaginer la possibilité pour tout un chacun de connaître son quart d'heure de gloire. De fait, si la peopolisation permet à l'homme - ou à la femme- de la rue d'espérer de devenir quasiment du jour au lendemain, la nouvelle idole, sa longévité est souvent tout aussi fulgurante. Le grand public, grand consommateur de people est souvent séduit par l'extravagance des personnages avant de les abandonner dans les méandres de l'anonymat dès lors que ledit people cesse d'étonner. Le jeu est dangereux. Certains utilisant les plus sombres aspects de leur vie pour espérer attirer à nouveau l'attention, avec tentatives de suicide ou dépressions en guise d'actualité qu'ils viennent eux même commenter sous le feu des projecteurs. L'interview surréaliste d'une Loana encore très perturbée après de graves déboires personnels et diffusée sur TF1 dans le cadre du magazine d'actualité 7 à 8, reste à cet égard un modèle du genre. Entre spectacle et pathétisme, le people vogue dans un univers aux frontières ténues et moins maîtrisée qu'ils voudraient le laisser croire.

Les enfants de la télé... réalité

Aujourd'hui, people, c'est un métier. Avec un contrat à durée très déterminée, certes, mais un métier quand même. Avec la multiplication des émissions de télé-réalité et la maîtrise du net par le plus grand nombre, chacun maîtrise les moyens et les ressorts pour faire beaucoup de bruit autour de rien. Avec une simple web-cam et beaucoup de culot, ou encore une assiduité aux castings quasi quotidiens, le monde peut être à vous. Là où le premier loft offrait en spectacle des quidams devant les yeux ébahis de millions de téléspectateurs, les nouveaux programmes regorgent de "candidats" qui semblent dès les premières minutes évoluer devant les caméras comme s'ils étaient nés avec. Jamais la télé-réalité n'a été aussi éloignée des réalités. Les "wannna be" people en connaissent tous les codes, et s'ils n'hésitent jamais à se mettre en scène, seuls les plus arrogants et les moins scrupuleux tireront leur épingle du jeu. Un jeu dont ils profiteront quelques mois, avec un joli pactole à la clef et un égo vilement flatté. Plus dure sera la chute ?

Les droits de l'article People toi-même ! publié dans People appartiennent à Jean-François GALLARD. La permission de reproduire People toi-même ! dans la presse traditionnelle ou sur internet doit être accordée par écrit par l'auteur lui-même.
Loana, sa vie, son œuvre, Le post.fr Loana, sa vie, son œuvre
   
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